Le 9 mars 2026, la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen (LIBE) a adopté sa position sur une réforme majeure de la politique européenne de retour des migrants en situation irrégulière. Cette réforme vise à remplacer la directive retour 2008/115/CE par un règlement directement applicable dans tous les États membres. Derrière l’objectif affiché d’efficacité et d’harmonisation, se pose une question fondamentale : jusqu’où l’Europe est-elle prête à aller pour contrôler ses frontières ?

Le projet introduit notamment un « ordre européen de retour » inscrit dans le Système d’information Schengen (SIS). Une décision d’expulsion prise dans un pays pourrait ainsi être exécutée automatiquement dans tout l’espace Schengen. Sur le papier, la mesure promet de mettre fin aux différences nationales et aux déplacements stratégiques des personnes visées. Mais cette centralisation des décisions risque également d’affaiblir les possibilités de recours et de défense individuelles.

Plus préoccupant encore, la réforme prévoit la possibilité de placer en détention certaines personnes jusqu’à vingt-quatre mois en cas de non-coopération ou de risque de fuite. Une telle durée d’enfermement pour les personnes concernées soulève une question éthique majeure : peut-on priver de liberté pendant deux ans quelqu’un uniquement parce qu’il n’a pas de statut légal sur le territoire ?

Le texte ouvre aussi la voie à des « hubs de retour » dans des pays tiers. Cette externalisation des procédures, soutenue notamment par l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex, est présentée comme une solution pragmatique pour accélérer les expulsions. Pourtant, de nombreuses organisations humanitaires y voient un risque sérieux de contournement des garanties fondamentales, notamment du principe de non-refoulement.

Certes, les partisans de la réforme invoquent la nécessité d’une politique migratoire crédible et cohérente à l’échelle européenne. Mais l’Europe ne peut prétendre défendre les droits humains sur la scène internationale tout en affaiblissant ses propres standards juridiques.

Le véritable défi n’est pas seulement de renvoyer plus vite, mais de rester fidèle aux valeurs que l’Union européenne affirme défendre : la dignité humaine, l’État de droit et la protection des plus vulnérables. 

Une politique migratoire efficace ne devrait jamais se construire au détriment de ces principes fondamentaux.

0